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Incidence prévisible de la dépréciation de l’euro sur les échanges internationaux de vin
(2010-06-23)
L’euro, qui valait 1,49 dollar au début de décembre 2009, a connu une chute très rapide : le 8 juin 2010, il était passé sous la «barre» de 1,20 dollars (1,19). C’est ce même jour que – symboliquement – Airbus obtenait un contrat de 11,5 milliards de dollars pour une commande des Emirats, ce qui symbolisait le regain de compétitivité des entreprises de la zone euro. Si, dans celle-ci, l’Allemagne est adepte de la politique de l’euro fort, d’autres pays ressentent l’incidence bénéfique pour leur commerce de la dépréciation de cette monnaie sur les exportations hors de la zone monétaire. Elles ont progressé en valeur de plus de 10 % dans le premier trimestre de 2010, pour atteindre 125 milliards d’euros en mars. Ce résultat tient, certes, en partie à la reprise de l’activité commerciale, mais en partie aussi à la dépréciation de l’euro. L’incidence de cette dépréciation devrait être notable sur les échanges de vins entre la zone euro et le « reste du monde ».
Les pays de cette zone ont, sur le plan vinicole, une grande importance : 94 % du potentiel vinicole et 79 % du volume de la consommation dans l’Union européenne, 60 % du potentiel de production et 50 % de la consommation dans le monde.La forte baisse de l’euro par rapport aux grandes monnaies mondiales devrait donc en 2010 influer sur les échanges des pays de la zone.
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Incidence sur le commerce des vins entre la zone euro et les pays tiers
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Exportations
Les pays de la zone euro ont exporté, en 2009, vers les pays tiers (hors UE) 15 M d’ hl de vin (- 7% en volume et -13% en valeur/2008). En 2010 la dépréciation de l’euro (-20% de décembre 2008 à juin 2009 par rapport au dollar) a amené une baisse des prix des produits de l’UE (vin en particulier) dans nombre de pays importateurs. Celle-ci devrait entraîner dans ces pays, un accroissement de la demande de vin, plus ou moins important selon l’appréciation des monnaies nationales par rapport à l’euro et les élasticités/prix de la demande des vins.
Dans la zone dollar, la forte baisse des prix des produits de la zone euro (-20%) devrait amener une poussée des importations de vins de l’UE (provenant en quasi-totalité de la zone euro). Or, les USA et le Canada ont importé, en 2009, 5,52 millions d’hl de vin de l’UE pour une valeur de 2,253 milliards d’euros (35% en volume, 41% en valeur des exportations de l’UE).
L’euro est déprécié aussi par rapport au yuan (lié au dollar depuis juillet 2008 mais qui a acquis, en juin, une certaine flexibilité, permettant une hausse par paliers par rapport à la valeur du billet vert), au yen et au franc suisse. Ces monnaies sont celles de pays figurant, avec les deux précédents, dans le top 6 des importateurs de vin de l’UE. Les importations en provenance de l’UE de ces 5 pays totalisent 9,1 millions d’hl en 2009 et devraient largement progresser en 2010, surtout si la reprise se confirme.
Pour la Russie, qui figure aussi dans le top 6 (no.2 en volume avec 2,7 M hl, no.5 en valeur) le pronostic est plus réservé : vu la chute du rouble et la baisse des revenus en 2009, et les faillites d’importants groupes, l’incidence de la baisse de l’euro sur ses achats à l’UE (2,6 M hl en 2009) peut être très limitée.
Importations
La crise n’a pas, jusqu’en 2009, affecté le volume des importations dans l’UE de vins des pays tiers (+3,7% en 2009), mais leur prix moyen s’en ressent (-10,1%). La dépréciation monétaire affecte ces importations seulement dans la zone euro (44% du volume des importations de l’UE, soit 5,6 M hl en 2009). La dévalorisation de l’euro doit renchérir les importations dans sa zone provenant des pays tiers (USA, Australie, Chili, Argentine et Afrique du Sud essentiellement) dont la demande est plus ou moins élastique par rapport au prix. Ce renchérissement des importations des pays tiers dans la zone euro devrait affecter notamment l’Allemagne (2,3 M d’hl importés en 2009), les Pays Bas (1 M d’hl), la France et l’Italie (0,6 M hl chacune) et la Belgique (0,3 M hl), les 6 principaux importateurs de vins de pays tiers dans la zone euro. Dans ces pays, on peut s’attendre à une baisse des importations en provenance des pays tiers en 2010, dont l’incidence devrait être relativement limitée, ces importations ne représentant que 4% de la demande dans la zone euro. Par ailleurs, les pays tiers fournisseurs pourraient abaisser leurs prix de manière à effacer – en partie au moins – les conséquences de la dépréciation de l’euro sur leurs ventes dans la zone. Ajoutons que les politiques d’austérité mises en place dans nombre de pays de cette zone pourraient avoir aussi une incidence négative sur les importations, qui se cumulerait avec celle de la dépréciation de l’euro.
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Incidence sur le commerce des vins entre Pays de l’Union Européenne
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Le volume des transactions vinicoles entre ces pays (échanges intra-communautaires) a atteint, dans la campagne 2008-2009, 45,2 millions d’hl de vins soit plus de la moitié du volume des transactions internationales dans le monde (85 millions d’hl). Nous décomposons les transactions intra-communautaire en trois sous-ensembles :
- Les transactions entre pays de la zone euro, qui représentent une grande partie de ces échanges : 60% de la production vinicole et 50% de la consommation mondiales sont réalisées dans cette zone. Ces transactions ne sont évidemment pas affectées par la dépréciation de l’euro. - Les transactions entre pays de l’UE n’appartenant pas à la zone euro : celles-ci sont constituées par les échanges des pays viticoles (Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Tchéquie) entre eux (négligeables) et avec les pays très peu viticoles (Grande Bretagne) ou non viticoles, ainsi que par les réexportations de vins détenus dans ces derniers pays vers leurs partenaires de l’UE hors zone euro. Le volume de ces transactions ne dépasse pas quelques centaines de milliers d’hl.
- Les transactions entre les pays de la zone euro et les autres pays de l’UE qui représentent un volume important de vins. Dans les pays de l’UE extérieurs à la zone euro, d’après l’OIV, la demande de vins atteint 29 millions d’hl alors que le potentiel productif de ceux de ces pays qui sont viticoles ne dépasse pas 10,5 millions d’hl. Le besoin d’importation de l’ensemble de ces pays avoisine donc 18,5 millions d’hl, selon ces statistiques. Comme ils ont importé, en 2009, 7,4 millions d’hl des pays tiers, les pays de la zone euro ont dû leur fournir 18,5 – 7,4 = 11,1 millions d’hl compte non tenu des variations de stocks. Si l’on se reporte aux statistiques des importations nettes en provenance de la zone euro de ces pays (Eurostat) dans la campagne 2008-2009 on parvient à l’estimation de 10,793 millions d’hl de la précédente. Nous estimons donc qu’en 2009, les pays de l’UE hors zone euro ont importé 7,4 millions d’hl de vin des pays tiers et quelque 11 millions d’hl de vin de la zone euro. En 2010, la chute de l’euro devrait stimuler assez fortement les ventes des pays de cette zone, au détriment de celles des pays tiers que la dépréciation de l’euro renchérit sensiblement. La substitution de vins provenant des pays de la zone euro à des vins de pays tiers pourrait concerner un volume relativement important si la parité entre l’euro et les monnaies des pays tiers viticoles varie peu dans l’année.
Nous concluons que la chute de l’euro – s’il se maintient à son niveau actuel – devrait être bénéfique pour les exportations des pays ayant adopté cette monnaie vers leurs autres partenaires de l’UE et vers les pays tiers (volume total en 2009 26 millions d’hl). Elle devrait, par contre freiner les importations des pays tiers vers ceux de la zone euro ( 5,6 millions d’hl) et vers les autres pays de l’UE ( 7,4 millions d’hl).
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